En France, 50,1% des projets d’embauche sont jugés difficiles par les recruteurs en 2025 selon l’enquête Besoins en Main-d’Œuvre (BMO) de France Travail : un chiffre record qui traduit une fracture profonde entre les postes à pourvoir et les candidats disponibles.
Ce phénomène touche des secteurs très variés, des soignants aux développeurs, en passant par les maçons, les soudeurs et les chauffeurs de poids lourd, avec des bassins d’emploi parfois extrêmement tendus comme l’Île-de-France où 1,7 million d’actifs exercent déjà des métiers en forte tension selon l’INSEE.
Cet article passe en revue les métiers en tension, avec les causes et les chiffres clés. Que vous soyez en recherche d’emploi, en reconversion ou simplement curieux du marché du travail français, vous trouverez ici une carte complète de la situation.
💼 À retenir sur les métiers en tension en France
- 📋 La liste officielle des métiers en tension est publiée chaque année par France Travail via l’enquête BMO et mise à jour par arrêté ministériel (dernier arrêté : 21 mai 2025). Elle sert notamment à faciliter les titres de séjour pour les travailleurs étrangers dans ces secteurs.
- 🗺️ Les tensions varient fortement selon les régions : l’Île-de-France concentre les plus fortes tensions dans le numérique et le BTP, tandis que les zones rurales souffrent davantage du manque d’aides à domicile et de médecins.
- 🎓 Un métier en tension ouvre des droits à des formations financées via le CPF, France Travail ou les OPCO : certains demandeurs d’emploi bénéficient d’une prise en charge totale de leur reconversion vers ces filières.
- 💶 La tension sur un métier tire les salaires vers le haut : un soudeur qualifié gagne entre 2 200 € et 3 500 € brut par mois en 2025, un développeur fullstack entre 3 500 € et 5 500 € selon l’expérience et la région.
- 🔢 En 2023, la DARES recense 370 000 offres d’emploi restées sans preneur dans les secteurs en tension : un paradoxe persistant dans un contexte de chômage à 7,3% en France.

| Secteur | Métiers les plus en tension | Taux de difficulté de recrutement | Salaire moyen brut mensuel | Région la plus touchée |
|---|---|---|---|---|
| Soin et social | Aide à domicile, infirmier, médecin | 73,4% (paramédicaux) | 1 800 à 4 500 € | Régions rurales, déserts médicaux |
| BTP | Maçon, couvreur, soudeur, charpentier | 61,2% à 74% selon le corps de métier | 2 000 à 3 500 € | Grand Est, Pays de la Loire |
| Industrie | Chaudronnier, technicien de maintenance, régleur | 76,9% (maintenance générale) | 2 200 à 3 800 € | Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes |
| Numérique | Développeur, expert cybersécurité, data engineer | 58,8% (ingénieurs R&D) | 3 500 à 6 000 € | Île-de-France, Occitanie (Toulouse) |
| Transport | Chauffeur PL, conducteur d’engins, pilote | 65 à 70% | 2 200 à 4 000 € | National |
| Hôtellerie-restauration | Chef cuisinier, boucher, serveur | 68% | 1 800 à 3 500 € | Zones touristiques, grandes villes |
| Agriculture | Agriculteur salarié, maraîcher | Très élevé (liste nationale) | 1 800 à 2 500 € | Sud-Ouest, Bretagne |
Le secteur de la santé et du social concentre certaines des pénuries les plus sévères du marché du travail français, avec des conséquences directes sur la qualité de prise en charge des patients et des personnes dépendantes.
Les aides à domicile et auxiliaires de vie figurent en bonne place dans la liste officielle des métiers en tension publiée par arrêté le 21 mai 2025 : avec le vieillissement de la population française (20% de la population aura plus de 65 ans en 2030 selon l’INSEE), la demande explose dans un secteur déjà sous-dimensionné.
Les médecins font également partie de cette liste officielle, reflet des déserts médicaux qui touchent aujourd’hui plus de 6 millions de Français selon la DREES, principalement dans les zones rurales du Centre-Val-de-Loire, de la Normandie et du Grand Est.
Les professionnels paramédicaux (infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes) atteignent un taux de difficulté de recrutement de 73,4% selon France Travail, ce qui en fait l’une des familles professionnelles les plus tendues de France. Les pharmaciens sont eux aussi intégrés à la liste 2025, un fait surprenant pour une profession longtemps réputée stable, qui souffre désormais d’un déficit d’installations en milieu rural et d’une concurrence accrue pour les postes salariés en officine.
Pour aller plus loin sur les professions rares et très recherchées qui offrent des perspectives de carrière atypiques, consultez notre guide sur les métiers rares et recherchés, qui croise ces données avec les filières les plus prometteuses pour une reconversion réussie.
Quels sont les métiers en tension dans le BTP et l’industrie ?
Le BTP et l’industrie cumulent des décennies de déficit d’attractivité auprès des jeunes générations, avec des tensions de recrutement qui s’aggravent malgré une baisse conjoncturelle de l’activité en 2024-2025.
Les maçons qualifiés, couvreurs, charpentiers et soudeurs figurent tous dans la liste officielle des métiers en tension 2025, avec des taux de difficulté de recrutement qui dépassent 70% pour certains corps de métier. En Île-de-France, les trois métiers les plus tendus identifiés par l’INSEE sont les dessinateurs en électricité et en électronique, les techniciens en mécanique et travail des métaux, et les ingénieurs du BTP et conducteurs de travaux : trois profils qui manquent cruellement sur les chantiers franciliens.
Du côté de l’industrie, les ouvriers en chaudronnerie et tôlerie, les techniciens de maintenance en électricité et électronique et les régleurs font partie des métiers les plus recherchés selon le BMO 2025, avec un taux de difficulté de recrutement de 76,9% pour la maintenance générale et mécanique.statistiques.
La Fédération Française du Bâtiment (FFB) alerte sur un décrochage de l’emploi sectoriel de près de 7,5% en 2025, avec environ 100 000 emplois salariés et intérimaires menacés, ce qui paradoxalement aggrave les tensions à moyen terme : moins d’actifs formés aujourd’hui, c’est encore moins de main-d’œuvre disponible dans 5 ans.
Le secteur du BTP comptait 1 497 975 salariés en 2021 et 117 868 apprentis au 31 décembre 2024, un chiffre encore insuffisant pour compenser les départs à la retraite programmés dans les prochaines années.

Quels sont les métiers en tension dans le numérique et la tech ?
Le numérique est le secteur où la tension entre l’offre et la demande prend une forme particulièrement marquée : les profils recherchés sont rares, très mobiles, et leurs salaires en forte progression depuis 2020.
Les informaticiens d’étude et experts informatiques figurent dans le top des métiers dont la tension progresse le plus vite selon le BMO 2025, avec 58,8% de difficultés de recrutement pour les ingénieurs et cadres d’étude en recherche et développement industriel. Les experts en cybersécurité sont cités parmi les profils les plus en pénurie par la DARES dans ses projections 2025 : avec la multiplication des cyberattaques (une attaque toutes les 39 secondes dans le monde selon IBM Security), chaque grande entreprise française cherche à constituer ou renforcer ses équipes de sécurité informatique.
Les data engineers, développeurs fullstack et DevOps rejoignent cette liste avec des salaires bruts annuels qui dépassent fréquemment 50 000 à 70 000 € en Île-de-France, sans pour autant suffire à attirer suffisamment de candidats formés vers ces postes.
À Toulouse, Lyon et Bordeaux, les ESN (Entreprises de Services du Numérique) signalent des taux de postes non pourvus qui atteignent 25 à 35% de leurs besoins annuels, freinant directement la croissance de projets de transformation digitale dans les secteurs banque, assurance et industrie. La durée moyenne de recrutement pour un développeur senior en France dépasse désormais 3 à 4 mois, contre 6 à 8 semaines il y a encore cinq ans : un délai qui traduit à lui seul l’ampleur de la pénurie sur ce segment.
Pourquoi ces métiers sont-ils en tension ?
| Cause | Secteurs touchés | Conséquence directe | Piste de réponse |
|---|---|---|---|
| Manque de candidats qualifiés | Numérique, industrie, BTP | Postes vacants, projets retardés | Financement de formations longues via CPF et OPCO |
| Déficit d’attractivité et image négative | BTP, aide à domicile, hôtellerie | Peu de reconversions vers ces secteurs | Campagnes de communication, revalorisation salariale |
| Vieillissement de la main-d’œuvre | Santé, BTP, agriculture | Départs en retraite non compensés | Recrutement de jeunes, apprentissage |
| Conditions de travail difficiles | Aide à domicile, restauration, BTP | Fort turnover, absentéisme | Amélioration des conditions, temps partiel choisi |
| Déserts médicaux et géographiques | Santé, transport, agriculture | Concentration dans les métropoles | Incitations à l’installation en zone rurale |
| Évolution technologique trop rapide | Numérique, industrie, maintenance | Compétences obsolètes en 3 à 5 ans | Formation continue obligatoire, veille sectorielle |
| Mobilité croissante des salariés | Tous secteurs | Turnover élevé, coûts de recrutement | Fidélisation, télétravail, intéressement |
| Concurrence internationale des talents | Numérique, ingénierie | Fuite des profils vers l’étranger | Salaires compétitifs, qualité de vie au travail |
Métiers en tension : quels secteurs recrutent le plus en France ?
Les métiers en tension en France dessinent une carte du travail en pleine mutation : le soin et le social manquent de bras face au vieillissement démographique, le BTP souffre d’une image qui rebute les nouvelles générations, et le numérique court après des profils qui se forment trop lentement face aux besoins des entreprises.
Avec 50,1% des recrutements jugés difficiles en 2025 et 370 000 offres non pourvues recensées par la DARES, ces tensions ne se résorbent pas spontanément : elles appellent des réponses concrètes en termes de formation, de revalorisation salariale et d’attractivité des filières. Pour quiconque envisage une reconversion professionnelle, ces secteurs en pénurie sont aussi des secteurs qui recrutent sans discontinuer : notre guide sur les métiers qui recrutent détaille, secteur par secteur, les postes disponibles, les salaires et les formations accessibles pour décrocher un emploi rapidement. Les profils formés y trouvent des perspectives d’embauche quasi immédiates, avec des salaires en hausse dans la quasi-totalité des filières concernées.
