Tri sélectif : l’erreur qui fait tout capoter à la maison sans le savoir
On s’imagine tous, triant fièrement nos déchets, être des héros du quotidien. Mais attention, derrière ce geste citoyen se cache une erreur fréquente qui peut ruiner tous nos efforts sans même que l’on s’en rende compte. Alors, prêt à affronter les (vrais) défis du tri sélectif ?
Le tri, une science pas si exacte : où va quoi ?
Depuis 2012, la France a simplifié ses consignes de tri, et depuis le 1er janvier 2023, l’harmonisation nationale fait que tous les emballages (oui, TOUS) finissent désormais dans la fameuse poubelle jaune – ou équivalent local. Facile, non ? Pas tant que ça, car l’erreur classique consiste à mélanger emballage et objet du même matériau.
Stéphanie Foucard, directrice mobilisation et engagement chez Citeo, met en garde : « Un emballage en plastique n’est pas la même chose qu’un objet en plastique. » Par exemple, un jouet en plastique n’a rien à faire dans la poubelle jaune : direction la déchèterie pour lui, généralement en incinération. Les seuls plastiques qui nous intéressent pour le tri, ce sont les emballages.
Si ce n’est pas clair (et on ne vous en voudra pas), il existe des simulateurs en ligne, proposés par l’ADEME ou Citeo, pour ne plus douter devant sa poubelle.
Papiers, petits papiers… et les faux amis du tri
Cartes postales oubliées, journaux froissés ou feuilles de brouillon, tous ces papiers sont bel et bien à recycler, même si, selon les communes, il existe une poubelle dédiée ou non. Mais attention : les tout petits papiers posent problème en centre de tri. Stéphanie Foucard l’illustre avec humour : inutile de faire des confettis de vos documents pour cacher des infos sensibles – « ça ne se voit que dans les films », précise-t-elle en souriant.
Les grands perdants de la confusion, ce sont :
- Les mouchoirs et serviettes en papier
- Le sopalin
- Les lingettes
- Les couches-culottes
Eh oui, même si ces produits sont issus de la cellulose, leur traitement chimique et leur usage en font des déchets non recyclables. Un mouchoir après usage, ce n’est plus du papier, mais une ordure ménagère. Hop, direction la poubelle classique !
Emballages souillés : besoin de lessivage ?
Autre idée reçue tenace : faudrait-il laver son emballage avant tri ? Pas la peine d’astiquer sa barquette de viande ou sa boîte de pizza imbibée d’huile ! Les usines de recyclage disposent de multiples étapes de lavage, de broyage et de traitement sanitaire : quelques gouttes de sang ou une tache d’huile ne posent aucun souci. Le seul écueil : un emballage rempli d’un reste de nourriture entière, ça non. On jette le reste à part et on ne gaspille pas l’eau inutilement.
Ceci dit, pour préserver l’odorat familial, surtout en été ou quand la collecte se fait désirer, rien n’empêche de rincer rapidement un emballage, mais sans transformer la cuisine en station d’épuration – un simple passage au robinet lors de la vaisselle suffira, toujours selon les recommandations de Stéphanie Foucard.
Pièges du quotidien et recyclage réel : illusions et réalités
Ah, le classique : imbriquer les emballages pour gagner de la place dans la cuisine, c’est tentant… Mais en centre de tri, ces « poupées russes » posent problème ! Si on met une boîte de conserve dans un paquet de céréales, les capteurs des chaînes de tri ne sauront pas distinguer les matériaux. Le bon réflexe : ne jamais imbriquer les emballages.
Et côté recyclage, pas de miracle : 24% des déchets arrivant en centre de tri sont mal triés. Certains emballages, comme certaines barquettes de viande ou sachets de surgelés, ne sont pas encore recyclables en France. Mais alors pourquoi les trier ? Pour « amorcer la pompe » du développement ! Les pots de yaourt en polystyrène, par exemple, partent en Espagne ou en Allemagne, et leur recyclage reste limité à des objets comme des cintres ou des pots de fleurs – pas à un retour sur la table du petit-déjeuner. L’avenir s’annonce plus réjouissant : une usine installée en Belgique devrait, dès 2025, permettre de recycler un pot de yaourt… en nouveau pot de yaourt.
Le reste des emballages non recyclables suit deux voies :
- Recherche et développement pour de nouvelles filières
- Incinération, avec récupération de l’énergie produite
En résumé : le tri sélectif, c’est sérieux, mais ce n’est pas une science infuse. Si le doute persiste, mieux vaut consulter les simulateurs en ligne et garder à l’esprit que tous les matériaux de même nature n’ont pas le même destin. Et, promis, ranger la boîte de conserve dans le paquet de céréales ne fera pas de vous un as du recyclage… mais un as du casse-tête pour le centre de tri !
