Si vous pensiez qu’une série sur des Marines pouvait passer inaperçue dans le paysage bien ordonné des séries Netflix, accrochez vos rangers ! Boots, la nouveauté qui secoue la plateforme depuis le 9 octobre, affole non seulement le top 10 mondial, mais fait également grincer de nombreuses dents au Pentagone. Comment un récit de camaraderie entre jeunes soldats dans les années 1990 a-t-il pu enflammer l’armée américaine et diviser les téléspectateurs du monde entier ? Plongeons dans ce phénomène, entre diversité assumée, mémoire collective et débats brûlants.
Un carton mondial, un succès irritant à Washington
- Sortie le 9 octobre sur Netflix, Boots est accueillie à bras ouverts par le public et la critique.
- Rapidement installée parmi les contenus les plus vus dans le monde, la série s’est imposée comme le succès surprise de la rentrée.
- Mais derrière ce triomphe, l’irritation monte du côté du ministère de la Défense américain – rebaptisé récemment « ministère de la Guerre » par Donald Trump.
À peine diffusée, Boots récolte d’ailleurs un joli qualificatif : « déchet woke ». Pas exactement le compliment du mois !
Pourquoi une telle réaction militaire ?
Sous le second mandat de Donald Trump, épaulé par son Secrétaire à la Défense Pete Hegseth, la priorité déclarée est de « restaurer l’éthique guerrière ». Les maîtres-mots officiels sont clairs :
- élitisme
- uniforme
- neutralité sexuelle (qui, précisons-le, se veut purement physique : le poids d’un sac n’a ni genre ni orientation).
Face à cette doctrine, Boots vient chatouiller là où ça gratte : les huit épisodes suivent notamment Cameron, un jeune gay, et Ray, son meilleur ami hétéro, dans un camp d’entraînement des Marines en 1990. Si le décor rappelle au départ l’ambiance oppressante de Full Metal Jacket, la série s’en démarque rapidement pour célébrer avant tout la camaraderie. Nulle charge antimilitariste ou antipatriotique. Au contraire, la diversité y est montrée comme compatible avec l’effort collectif.
Un rappel historique qui dérange le Pentagone
Ce qui coince vraiment du côté du Pentagone ? Boots ravive une mémoire pas si lointaine : jusqu’en 2011, être homosexuel était un motif d’exclusion de l’armée américaine. La série s’inspire du livre autobiographique The Pink Marine de Greg Cope White, qui raconte six ans dans les rangs, entre quête de soi et homophobie ambiante.
Le scénario modifie la chronologie : l’action commence en 1990 (alors que White s’est engagé en 1979). Ce décalage, probablement réfléchi pour permettre une potentielle seconde saison à la veille de la Guerre du Golfe, n’enlève rien à la dure réalité qu’entre la fin des années 70 et 1990, rien n’avait changé pour les militaires LGBT. Tous restaient condamnés à vivre cachés sous peine d’exclusion parfois brutale. Il suffisait d’une dénonciation ou d’une hiérarchie trop curieuse pour être mis à la porte.
En 1994, le fameux « Don’t Ask, Don’t Tell » (ne demandez pas, n’en parlez pas) de Bill Clinton devait servir de compromis. L’armée ne pouvait plus interroger sur l’orientation sexuelle, mais l’injonction au silence restait la règle… pour les personnes LGBT uniquement. Pendant ses dix-sept ans d’application, ce sont près de 13 500 gays, lesbiennes ou bisexuels qui ont été forcés de quitter l’armée, selon le Pentagone. En 2024, sous Joe Biden, un processus est en cours pour réhabiliter – à leur demande – ces ex-militaires et leur rendre leurs droits, notamment en santé.
Retour de bâton, effacement, et revendications
L’arrivée d’une nouvelle administration Trump a vite assombri ces avancées. Même si les homosexuels et bisexuels ne sont pas explicitement exclus, l’heure n’est plus à l’ouverture. En 2017, une enquête RAND Corporation révélait pourtant déjà 6,1% de répondants LGBT dans l’armée. Mais sous Trump, la chasse est désormais ouverte contre les programmes de diversité, d’équité et d’inclusion :
- Plus de 26 000 photos de femmes, Noirs et LGBT ont disparu du site du Pentagone (selon France Culture en mars).
- Une purge des militaires transgenres est enclenchée à la Maison-Blanche. Entre 4 200 et 10 000 personnes seraient concernées.
Face à ce contexte, Boots ose à l’écran une galerie de personnages bigarrés : femmes, personnes racisées, gays, individus en situation d’obésité. Leur point commun ? Tous, d’une manière ou d’une autre, contribuent à l’effort collectif. La série délivre un message clair : l’épanouissement personnel n’est pas incompatible avec l’esprit de corps.
Chacun jugera si Boots mérite sa place au panthéon du binge-watching. Mais d’ici à comprendre toute la colère du Pentagone, il n’y a qu’un pas… ou un pas de l’oie ? L’art, décidément, n’a jamais fini de nous bousculer.
