Prêt à découvrir un as du funambulisme qui ne manque pas d’air ? Oubliez Harry Potter et ses balais ou les super-héros en cape : en Asie du Sud-Est, c’est un serpent, le Chrysopelea ornata, qui défie les lois de la gravité de la façon la plus surprenante. Installez-vous, respirez… et laissez-vous porter par le fascinant secret de la « couleuvre volante » !
Chrysopelea ornata : un reptile à la hauteur (et pas qu’un peu)
Le Chrysopelea ornata est une couleuvre arboricole, ce qui veut dire qu’elle préfère traverser la vie la tête dans les nuages… ou plutôt dans la canopée ! Mesurant entre 1 et 1,20 mètre, les mâles sont en général de taille un brin inférieure aux femelles (l’égalité des sexes, vous dites ?). Cette espèce se rencontre dans les forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, là où la température oscille agréablement entre 28 et 32 degrés, mais elle n’est pas contre une petite virée dans les jardins ou les plantations pour changer d’air.
Pourquoi « serpent volant » ? Tout simplement parce que ce reptile vit presque uniquement en hauteur et se plaît à bouger de branche en branche non pas en rampant, mais en… volant. Ou plus justement, en planant ! Rassurez-vous, il ne viendra pas atterrir dans votre salon sans prévenir : il reste très difficile à observer, tant sa vie se déroule au sommet des arbres.
Un look à tomber (de l’arbre)
Mais ce n’est pas tout ! Le Chrysopelea ornata arbore une robe d’écailles vertes rehaussée de pointes noires, et un ventre aux teintes claires tirant sur le jaune. Dans d’autres langues, on le surnomme le « serpent volant doré ». Ce look ultra-stylé n’est pas qu’esthétique : ses formes anguleuses sont de vrais passe-partout pour grimper aux arbres, évoluer sur les branches, et même se faufiler sur les rochers ou les murs des constructions humaines.
En réalité, ici, « volant » est un petit nom trompeur. Le Chrysopelea ornata ne possède ni ailes ni cape : il effectue des sauts planés spectaculaires. Pour réaliser ce numéro d’équilibriste, il écarte ses côtes afin d’élargir la surface ventrale, rentre son ventre pour former une sorte de gouttière, puis s’élance. S’ensuit un enchaînement de mouvements ondulatoires – à la fois verticaux et horizontaux – qui garantit un atterrissage tout en douceur, comme une plume. Essayez donc d’imiter ça à la salle de sport !
Un comportement unique, une famille nombreuse
Le « serpent volant » ne se limite pas à l’Asie du Sud-Est. En Birmanie, Thaïlande, Indonésie et aux Philippines, on rencontre une espèce très similaire, capable, elle, d’atteindre jusqu’à 1,50 mètre. Il faudra attendre 1943 et l’œil aiguisé de l’herpétologiste Malcolm Arthur Smith pour identifier cette dernière comme une vraie espèce à part entière.
Pendant longtemps, le clan Chrysopelea croyait être le seul roi du vol. Pourtant, des observations récentes prouvent que Dendrelaphis, une espèce australienne, sait elle aussi franchir des vides en sautant, même si elle n’a pas volé la vedette (pardon pour le jeu de mots !).
Régime alimentaire, reproduction et menaces
Côté menu, le Chrysopelea ornata n’est pas du genre difficile. Plutôt friand de petits plats, il raffole de lézards (surtout les geckos), mais ne dédaigne pas oiseaux, grenouilles ou petits mammifères. Son atout ? Un venin qui, sauf allergie, n’est pas dangereux pour l’humain, mais neutralise ses proies en un éclair. Son statut d’opistoglyphe se traduit par des crochets situés à l’arrière de la mâchoire.
Pour la reproduction, il y a aussi du spectacle (sans acrobaties, promis) : la saison des amours bat son plein de mai à juin. Les femelles pondent alors entre cinq et douze œufs dans des cavités d’arbres, d’où sortiront de jeunes serpents mesurant entre 11 et 15 centimètres, déjà prêts à battre des records de discrétion.
Rapide, solitaire et timide, le Chrysopelea n’est pas vraiment le candidat idéal pour une séance photo. Pourtant, en Asie, il est parfois capturé et vendu comme nourriture, ou comme animal de compagnie recherché par les amateurs de sensations fortes. Ironique, n’est-ce pas ? Mais le plus grand danger qui guette ce funambule des canopées reste l’urbanisation : destruction des forêts et des territoires de chasse sont de véritables menaces pour cette espèce hors du commun.
- Serpent d’arbre spectaculaire
- Capable de planer d’une branche à l’autre
- Venimeux mais peu dangereux pour l’homme
- Victime de la destruction de son habitat
Avant de rêver d’en adopter un ou de vous lancer dans le saut plané sans filet, n’oubliez pas : ce « serpent volant » n’a pas fini de nous fasciner… mais il mérite surtout de continuer à virevolter en paix, loin des tronçonneuses et de la convoitise humaine !
