Jean Dujardin n’a jamais été aussi petit… et pourtant, rarement un film français de science-fiction n’aura autant divisé la critique ! L’homme qui rétrécit, nouvelle adaptation du célèbre roman de Richard Matheson, débarque en salles ce mercredi 22 octobre, avec une ambition démesurée pour un héros condamné à rapetisser.
Un démarrage… martelé !
Dès ses premières minutes, L’homme qui rétrécit semble vouloir écraser (c’est le cas de le dire) toute velléité d’orgueil chez le spectateur. Impossible de rater le message sur notre place dérisoire dans l’univers : Jan Kounen, le réalisateur, ne lésine pas sur la pédagogie. Ici, on ne plante pas juste le décor, on y revient, on y insiste et on y repose ses valises. Trois fois, le film enfonce le clou de l’humilité humaine :
- Une longue citation signée Richard Matheson.
- Une série de plans sur Paul (Jean Dujardin) perdu au milieu de l’océan, vraiment tout seul dans le tout grand.
- Et enfin, Dujardin himself, voix caverneuse, ton sentencieux, pour commenter cette solitude qui sautait déjà, il faut l’avouer, aux yeux.
À croire que Jan Kounen voulait absolument s’assurer qu’on avait bien reçu le SMS existentiel avant d’aller voir ailleurs. Mission accomplie : difficile de ne pas saisir que, oui, nous sommes poussière.
Une descente vertigineuse… dans la démesure
L’histoire, adaptée du roman (déjà porté à l’écran en 1957 par Jack Arnold), suit Paul, dont la taille diminue de jour en jour après un mystérieux phénomène météo en pleine mer – une spirale nuageuse qui n’aurait pas démérité à la météo nationale. D’abord, c’est une manche de chemise trop grande, un ego un peu malmené, et puis tout bascule. La petite détresse domestique devient désastre existentiel :
- Relations bouleversées avec sa femme Elise et leur fille Mia.
- Abandon de son entreprise de construction navale.
- Vie recluse façon maison de poupée, où fourmis, épingles et autres insectes sont désormais des géants hostiles…
Bref, Paul doit apprivoiser cette nouvelle jungle du minuscule… avec plus ou moins de réussite.
De l’idée, mais trop d’appui
Là où l’on pouvait espérer un parcours initiatique entre dystopie et fable philosophique, le film tire parfois trop fort sur la corde. L’épreuve de Paul, entre survivalisme et dégringolade sociale accélérée, nous est servie un peu trop vite, un peu trop tôt, et surtout à coups de formules creuses :
- « En fait d’agir on ne fait que réagir »
- « On dit que vivre c’est apprendre à mourir ; peut-être faut-il mourir pour apprendre à vivre »
Ces phrases qu’on verrait bien sur une affiche motivante au-dessus d’un open space finissent par donner au film un parfum de spot publicitaire… surtout quand elles accompagnent les séquences les moins inspirées. On regrette d’autant cette lourdeur que Jan Kounen (Dobermann, 99 francs…) se fend, par ailleurs, de belles trouvailles : avec pas moins de 21 millions d’euros de budget, il nous offre quelques belles fulgurances visuelles, même si certaines idées ne dépassent pas l’esquisse. Quelques exemples à se mettre sous la dent (toute proportion gardée) :
- Une alliance qui tombe, pleine de symbolique.
- Un pommeau de douche élevé au rang de monument national… façon Tour Eiffel.
- Des jeux de perspectives parfaitement saisis.
Finales sursauts et vraie audace
Mais tout n’est pas maladresse appuyée. Il faut rendre au film son audace : le pari de pousser la démarche jusqu’au bout est rare, surtout dans le cinéma français. La dernière partie, à la frontière du film d’horreur, se déroule dans la cave familiale. Paul s’y retrouve coincé, affrontant des araignées dans des face-à-face plus spectaculaires que n’importe quel bras de fer humain-insecte aperçu ces dernières années.
Dans ces instants-là, le film atteint enfin un équilibre entre mise en scène et émotion : l’immensité du danger, le silence, la solitude, et ce Jean Dujardin superstar, soudain rendu à l’état de grain de poussière… Voilà des séquences qui exploitent tout le potentiel SF du récit et font briller la réalisation de Kounen.
L’homme qui rétrécit, en fin de compte, ose un film de science-fiction à la française, parfois maladroit, souvent inspiré, qui divise et intrigue. Faut-il y aller ? Pour l’expérience, pour les trouvailles et pour voir Jean Dujardin comme vous ne l’avez jamais vu (littéralement), la réponse pourrait bien être « oui »… à condition de savoir apprécier la démesure, même en version miniature.
